cheminCertains de mes élèves ont pris l’habitude de m’appeler senseï.

D’abord amusé j’ai pris le temps de sentir ce que je ressentais lorsque l’on utilisait ce mot tellement chargé de sens pour moi. A l’amusement et l’étonnement a succédé un léger inconfort. S’agissait-il d’une affectueuse moquerie, de la mécompréhension de ce que ce mot veut dire ou s’agissait-il d’un choix délibéré venant alors pour moi comme une forme de reconnaissance. Oh, non pas de reconnaissance pour moi en tant que personne mais plutôt reconnaissance de la relation qui nous lie dans notre cheminement.

Le mot senseï peut être traduit par « celui qui était là avant moi, qui est garant du savoir et de l’expérience d’une technique ou d’un savoir-faire ». Jusque là rien d’extraordinaire pour tout qui ne pratique pas d’art martial. Dans Wikipedia on ajoute: « Dans son utilisation habituelle, il est utilisé pour s’adresser a un professeur ou enseignant ou encore à un médecin et pour s’adresser à un artiste reconnu. La traduction française courante du terme est maître« . Là cela devient déjà plus conséquent.

Il est clair qu’il y a du respect dans le terme de senseï, et pour moi il ne s’agit pas du respect qui est acquis par le simple fait de monter sur un tatami avec le label de « professeur » d’aïkido. D’autres avant moi ont écrit que senseï implique d’avoir une expérience directe et personnelle, des compétences avérées et une sagesse acquise avec le temps. C’est cela qu’implique le fait d’être pour quelqu’un « celui qui était sur le chemin avant moi ». C’est également un lien avec tous ceux qui nous ont précédé.

A côté du respect il y a aussi quelque chose qui relève de l’obligation: celle de guider la génération suivante, d’en être en quelque sorte le mentor.
Le senseï ne se définit que dans sa relation avec ses deshi (élèves), une relation où doit régner respect mutuel, confiance et générosité pour traverser les inévitables périodes de difficulté ou de doute.

Être depuis plus longtemps en chemin (le Do) c’est aussi rester conscient qu’on reste un compagnon sur la Voie engagé comme tous dans cette démarche de développement mutuel. La destination n’est jamais atteinte, la réalisation est sous nos pas. Et le fait d’être avant quelqu’un d’autre ne veut pas dire qu’on y est!

 

Fantastique illustration du principe Irimi, quand une video illustre mieux que 10.000 mots !

 

metro_bruxelles

La bouche de métro avale goulument les navetteurs. Les corps se frôlent, les regards se perdent dans la foule qui bruisse des grésillements s’échappant des casques de lecteurs MP3.

Je suis le flux des gens qui s’éclate lorsqu’il s’agit de choisir la direction de destination et le quai qui lui correspond. Envie de hâter le pas histoire d’attraper la rame qui peut être est déjà là qui m’attend. L’escalator continue de se dérouler à son allure de sénateur et je tente de gagner quelques mètres en dépassant les navetteurs immobilisés sur leur marche de métal. Arrivé sur le quai, déception de ne pas voir le métro espéré m’accueillant à portes ouvertes. Reagrd à gauche puis à droite, coup d’œil sur l’indicateur qui représente la ligne de métro pointillée de lumières qui s’allument pour indiquer la position des rames. 2 lumières éteintes : 3 minutes d’attente. Regards soutenu sur l’indicateur puis sur le quai pour trouver la meilleure place. J’observe les voyageurs, je scrute l’horloge, je n’existe plus que dans l’attente de cette rame qui n’en finit pas de ne pas venir.

S T O P !!!

Respiration ample, relâchement des épaules, le regard se décrispe, l’attention donne du mou : je suis ici, maintenant ! La rame n’existe pas, pas encore tandis que moi je peux redevenir présent dans la conscience d’être, d’exister, de respirer, de vibrer. Sensations plus précises dans le corps : la tension de la lanière du sac en bandoulière, chaleur des pieds dans les chaussures, vent chaud de la station, odeurs mélangées laissées par les voisins de quai. Le centrage opère et transforme ma réalité.

Soudain le temps ..

se relâche, .. il s’élargit et avec lui l’espace. Quelle différence, une expérience totalement différente : le stress de l’attente s’est muté en présence et offre un moment de méditation qui devient précieux.

La rame peut venir, je suis à nouveau dans le flux, les portes s’ouvrent et je glisse dans le flot, le mouvement n’altère pas la présence, il l’enrichit.

« L’important n’est pas de rester centré mais bien de remarquer lorsque je ne le suis pas et d’y revenir »

© 2008 Christian Vanhenten AikiCom - L'AïkiCom est une appellation protégée Suffusion theme by Sayontan Sinha
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