Christian Vanhenten

 

«Jacques, mon pauvre Jacques, t’es pas doué tu sais, depuis le temps que je te le dis, tu devrais changer de métier… Je vais être derrière toi toute la journée parce que t’es lent, t’es trop lent, quand les autres font trois clients, toi tu en fais un, un tout petit… »

Dans une pièce de théâtre évoquant des situations vécues par des employés de France Telecom, Jacques finit par démissionner, poussé à bout par son chef de service devant ses collègues. Le stress cause des dégats irréparables dans les entreprises et poussent les employés les plus touchés au suicide.
Pendant l’année 2008, neuf suicides ont été recensés chez France Télécom. En janvier 2008, jour où les bourses mondiales s’effondraient, un employé de la BNP Paribas s’est pendu dans son bureau. Trois semaines avant, le corps d’un cadre de la banque avait été découvert dans les toilettes. En juin dernier, le directeur de la Fnac de Clermont-Ferrand se pend dans un bois laissant derrière lui un mail dénonçant la pression qu’il subissait dans son entreprise.

Mais pour un suicide, combien de personnes vivent dans un stress qui perturbe leur santé, leur vie sociale et familiale ? C’est la face émergée de l’iceberg. Les études sur le stress ménagent trop souvent la chèvre et le chou dénonçant tantôt l’organisation du travail, tantôt les capacités d’adaptation et les fragilités individuelles. Les réponses au stress dans le monde du travail peuvent être regroupées en deux approche:

  • les approches ergonomiques qui abordent le stress sous l’angle collectif et s’intéresse aux conditions de travail
  • les approches individuelles ou « médicales » qui s’attachent aux aspects liés à la santé mentale

Pour revenir un instant sur les approches individuelles, deux modèles ont fait l’objet d’une attention particulière:

  1. Le modèle de KARASEK (ou modèle « demande-contrôle »): dans ce modèle, la demande faite à l’individu est atténuée par le contrôle que peut exercer celui-ci. Plus la demande est forte et le contrôle faible plus le stress augmente.
    demande faible demande forte
    contrôle faible activité passive activité très contraignante
    contrôle fort activité peu contraignante activité active

    si on ajoute à ces facteurs le soutien reçu par l’individu on amplifie l’impact en termes de stress si le soutien est faible

  2. Le modèle de SIEGRIST (ou modèle « effort-récompense »): dans ce modèle, la charge de l’effort que fourni l’individu va être atténuée par le sentiment qu’il aura que cet effort sera « payé en retour ». Cette récompense n’est pas nécessairement matérielle (rémunération), elle peut aussi être sociale (reconnaissance) ou symbolique (sens donné à l’effort).

Si aucun de ces modèles ne peut expliquer à lui seul l’ensemble de la problématique liée au stress d’autant qu’ils ne prennent pas en compte des facteurs comme la mauvaise gestion du changement, les relations inter-individuelles négatives, l’ambiguïté et les conflits de rôle.

 

 

Au début d’une relation, on avance avec prudence. Quelles sont limites que je ne dois pas dépasser ? Que doit-on faire ensemble ou pas? A-t-elle envie que je l’accompagne ? Passera-t-on Noël dans sa famille ou dans la mienne? On évolue à tâtons un peu comme ce jeu pour enfant où l’on tient une tige se terminant par un anneau métallique que l’on doit déplacer d’un bout à l’autre d’un fil métallique plié de manière compliquée et connecté à une sonnerie. Au début le parcours est facile, il suffit d’avancer. Puis cela se complique et les contorsions commencent jusqu’à l’inévitable sonnerie, le buzz qui nous indique que nous avons passé la limite.

 

 

 

Parfois la sonnerie retentit après coup. « Je croyais que c’était bon pour toi si je ne t’accompagnais pas », « Je pensais que tu aimais ce genre de film? »

Non seulement nous ne demandons pas à l’autre ce dont il a envie mais en plus nous ne l’exprimons pas nous même. Un peu comme si cela relevait de l’évidence.

La vie est faite d’une multitude de détails. Autant de choses qui peuvent être reçue plus ou moins bien. Au début, nous filtrons et ne retenons que ce qui nous plait, on passe déjà si peu de temps ensemble! Puis ces petites choses, ces détails montrent leur vrai potentiel. Avec le temps, c’est un peu comme les Gremlins ils se mutent en agaceries dont le plus digne représentant est: le tube de dentifrice

Pourtant tout était là depuis le premier jour, depuis le premier sourire, le tube de la discorde, celui par qui tout peut basculer et nous ramener dans la dure réalité des choses.

S’il est clair que l’on ne peut pas tout dire, tout demander et faire de chaque détail de la vie un point à l’ordre du jour, il reste à développer cette sensibilité personnelle, dans la connexion à l’autre, qui nous fait détecter ce moment subtil de la bascule.

note: le tube est une image tirée du livre à lire avec plaisir: Agacements de Jean-Claude Kaufmann

 

Quelle est l’expérience la plus risquée parmi la liste suivante : descente d’une piste noire en ski, saut à l’élastique, conduire une formule 1 ou nouer une relation amoureuse ? Il ne viendrait pas à grand monde d’opter pour la dernière option. Pourtant on ne peut pas dire que cela soit sans risque. D’ailleurs ne parle-t-on pas d’une aventure amoureuse ?
S’il y a des risques quels sont-ils ? Parcourons-en quelques uns.

Le risque de se tromper

Choisir une personne, c’est renoncer à des dizaines d’autres. La peur de se tromper peut amener une réticence à ’établir une relation sous prétexte que peut-être une autre personne conviendrait mieux, nous ferait plus vibrer. Cette peur de se tromper se retrouve plus tard dans de nouveaux moments de choix et peut masquer d’autres peurs telles que la peur de l’intimité, la peur de s’engager, la peur de dépendre. Chacun de nous aborde la question de la décision à sa manière, décisions impulsives, voire à l’aveuglette, paralysie, hésitations, besoin de l’avis d’autres personnes et cette manière de décider peut différer en fonction des domaines : déterminée dans le domaine professionnel, une personne pourra se montrer hésitante quand il s’agit d’une relation amoureuse. Le mythe de l’existence du partenaire parfait compte encore de nombreux adeptes.

Le risque d’être rejeté

Dès le premier regard cette personne vous a attiré. Mais est-ce réciproque ? Si ce n’est pas le cas vous risquez le rejet, expérience qui peut être vécue de manière particulièrement pénible au point que la peur d’un rejet potentiel amène de nombreuses personnes à éviter toute relation amoureuse ou alors à éviter les personnes qu’elles veulent vraiment pour n’ouvrir leur porte qu’à celles ou ceux qui viennent à eux. Cette peur d’être rejeté n’est ni extraordinaire ni anormale c’est lorsqu’elle nous hante au point d’empêcher toute nouvelle relation qu’il faut s’interroger sur nos expériences de rejet inscrites dans notre passé.

Le risque d’être humilié

Lorsque le rejet est vécu de manière intense, elle peut prendre la forme d’une humiliation surtout si le rejet est blessant. Cette crainte de l’humiliation trouve parfois son origine dans des expériences vécues avec l’impression de ne pas être désirable. Nous désirons l’autre mais nous voulons aussi (surtout ?) que l’autre nous désire pour nous sentir vivant, apprécié.

Le risque d’être honnête et ouvert

La plus belle chose qui puisse arriver dans une relation c’est de  pouvoir se montrer honnête et ouvert avec son ou sa partenaire. Cette belle perspective sera parfois vécue comme menaçante. Des expériences négatives dans le passé peuvent nous amener à nous méfier du partage et de trop de transparence. Il nous est particulièrement difficile d’être ouvert quand il s’agit de reconnaître nos défauts (l’autre ne réagira-t-il pas négativement ?), d’exposer nos points sensibles qui révèlent notre vulnérabilité ou d’exprimer des sentiments négatifs (difficile d’avouer notre insatisfaction, notre colère).

Ces risques montrent à souhait combien il est nécessaire de développer le courage du guerrier de bienveillance pour affronter nos peurs et ainsi oser s’aventurer dans les eaux imprévisibles et inexplorées d’une relation amoureuse.

 

 

Communiquons, communiquons !

C’est certainement l’invitation la plus entendue à notre époque. Et curieusement l’intérêt croissant pour la communication s’accompagne d’un nombre croissant de couples qui divorcent ou se séparent.  Y a-t-il un lien ou est-ce le pur fruit du hasard?

Sans doute peut-on lier la notion de communication à celle du sens, de la signification et c’est bien sur à la signification de ce qu’est être en couple que je fais allusion. La meilleure communication du monde ne peut aider à résoudre les problèmes de couple si ceux-ci ne reposent pas sur un socle commun, un socle de sens partagé, une vision, un projet.

Auparavant le couple était le ciment social, la structure économique, familiale fondamentale. Il n’était pas nécessaire de bien communiquer, le ménage tenait à coup de « il faut », de « je dois » et d’une solide dose d’abnégation. Les couples actuels ont grandi avec le paradigme du développement personnel, de la liberté individuelle, du bonheur voire du plaisir immédiat. Dur dur de concilier individualisme et contraintes de la vie en couple. Se marier, c’est partager à deux les problèmes que l’on n’aurait pas eu tout seul nous dit cette maxime dont j’aimerais me rappeler l’auteur. Le couple ne tient alors qu’à un fil. Le partenaire qui n’apporte plus le lot de plaisir, de bien-être est jeté pour un autre qui aura sans doute un avenir équivalent. Manque bien sur à ce schéma réducteur le lien, le vrai, celui dans lequel j’engage mon être vrai, dans lequel je reconnais l’autre et je suis reconnu. Mais une fois de plus, cela risque d’être insuffisant. Je et je ne sont pas suffisants pour former un couple. Cela engendre ces relations asymétriques: tu m’aimes, je t’aime moins ou pas du tout, ou inversement. Quand j’en ai assez de mon reflet dans tes yeux, je pars pour d’autres yeux.

Dans l’approche AïkiCom on parle du centrage. Si les anciennes générations se caractérisaient par une perte de centre, une disparition de tout ce qui forme l’individualité de la personne face au rouleau compresseur des normes sociales et des contraintes économiques, la génération suivante a repris contact avec son centre, sa verticalité mais n’a pas encore créé et nourri la connexion à l’autre

La meilleure communication du monde n’y changera rien si elle se limite à un verbiage aussi élaboré et respectueux soit-il. Ce qui manque c’est le lien corporel, celui qui nous connecte d’être à être et qui permet l’ouverture des frontières jalousement gardées par notre ego. Ce n’est qu’alors que la communication sera juste, en mots, attitudes et en gestes.

 

Il n’est pas toujours évident de dire non dans les relations de couples. Pourtant dire non est essentiel dans les relations. Au-delà de l’expression de notre individualité et de notre différence par rapport à l’autre c’est surtout la garantie que nos oui seront de vrais oui.

Combien de fois n’osons-nous dire non que de façon détournée quand ce ne sont pas des oui à contre-coeur? Tant que nous ne sommes pas libres de dire non dans le couple, nous ne pouvons pas nous donner entièrement dans la relation, notre engagement n’est pas complet.

Dire non peut générer tension et conflit, c’est évident, mais l’énergie qui en émerge n’est pas nécessairement mauvaise quand elle permet de briser les barrières entre deux individus. Toute la question est de savoir comment l’un ou l’autre, ou les deux pourront exprimer leur colère ou de manière plus générale leur émotion.

© 2008 Christian Vanhenten AikiCom - L'AïkiCom est une appellation protégée Suffusion theme by Sayontan Sinha
Email Newsletters with Constant Contact