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Art martial pour la paix

On s’interroge souvent sur le caractère paradoxal de l’aïkido en tant qu’art martial de paix. Pourquoi un art de combat pour promouvoir son contraire. Sans doute faut-il y voir une manifestation discrète du principe du Yin et du Yang, l’un ne va jamais sans l’autre et lorsque le Yin est dominant, il produit déjà son contraire. C’est le point blanc dans la partie noire du signe du Tao et le point noir dans la blanche. L’art du combat produirait ainsi le germe de la paix. Cela semble cohérent sauf que cela pose des questions pour ce qui est de tous les arts de paix. Gandhi n’a-t-il pas été victime de la violence, lui qui portait le message contraire ?

Etonnant de constater qu’en musique nous retrouvons le même paradoxe. Le concerto est une forme musicale que l’on retrouve à toutes les périodes de la musique : du baroque en passant par le classique et le romantique jusqu’à Bartok. Le mot concerto veut dire à la fois se joindre, travailler de concert et lutter, combattre. L’harmonie au service du combat entre l’instrument soliste et l’orchestre ou lutte pour la construction d’une harmonie. Si vous en avez l’occasion écoutez le deuxième mouvement du quatrième concerto pour piano de Beethoven, vous entendrez une splendide illustration d’un combat paraissant au départ si violent et si déséquilibré pour se terminer par une si belle alliance.

Senseï

cheminCertains de mes élèves ont pris l’habitude de m’appeler senseï.

D’abord amusé j’ai pris le temps de sentir ce que je ressentais lorsque l’on utilisait ce mot tellement chargé de sens pour moi. A l’amusement et l’étonnement a succédé un léger inconfort. S’agissait-il d’une affectueuse moquerie, de la mécompréhension de ce que ce mot veut dire ou s’agissait-il d’un choix délibéré venant alors pour moi comme une forme de reconnaissance. Oh, non pas de reconnaissance pour moi en tant que personne mais plutôt reconnaissance de la relation qui nous lie dans notre cheminement.

Le mot senseï peut être traduit par « celui qui était là avant moi, qui est garant du savoir et de l’expérience d’une technique ou d’un savoir-faire ». Jusque là rien d’extraordinaire pour tout qui ne pratique pas d’art martial. Dans Wikipedia on ajoute: « Dans son utilisation habituelle, il est utilisé pour s’adresser a un professeur ou enseignant ou encore à un médecin et pour s’adresser à un artiste reconnu. La traduction française courante du terme est maître« . Là cela devient déjà plus conséquent.

Il est clair qu’il y a du respect dans le terme de senseï, et pour moi il ne s’agit pas du respect qui est acquis par le simple fait de monter sur un tatami avec le label de « professeur » d’aïkido. D’autres avant moi ont écrit que senseï implique d’avoir une expérience directe et personnelle, des compétences avérées et une sagesse acquise avec le temps. C’est cela qu’implique le fait d’être pour quelqu’un « celui qui était sur le chemin avant moi ». C’est également un lien avec tous ceux qui nous ont précédé.

A côté du respect il y a aussi quelque chose qui relève de l’obligation: celle de guider la génération suivante, d’en être en quelque sorte le mentor.
Le senseï ne se définit que dans sa relation avec ses deshi (élèves), une relation où doit régner respect mutuel, confiance et générosité pour traverser les inévitables périodes de difficulté ou de doute.

Être depuis plus longtemps en chemin (le Do) c’est aussi rester conscient qu’on reste un compagnon sur la Voie engagé comme tous dans cette démarche de développement mutuel. La destination n’est jamais atteinte, la réalisation est sous nos pas. Et le fait d’être avant quelqu’un d’autre ne veut pas dire qu’on y est!

IRIMI: après le réflexe de recul, l’action

Fantastique illustration du principe Irimi, quand une video illustre mieux que 10.000 mots !

Harageï

Harageï se compose de Hara, le ventre et geï, la sensibilité, finesse de perception, subtilité.

Le harageï est cet état de disponibilité totale, dans l’instant. Le mental ne doit plus comprendre plus réfléchir, je suis là. Je réagis avec une apparente rapidité mais je ne suis pas rapide, je suis dans le mouvement, ni avant ni après. Harageï est cette forme d’intuition lrsque j’ai tout laché et que je suis là en contact avec mon énergie vitale (le Ki) ouvert sans filtre à l’énergie de cet univers dans lequel je me trouve et dont je fais partie.

Etat de centrage, dans mon centre, connexion par le corps.

En terme de management, haragei évoque la communication non-verbale, une négociation sans mot, une communication derrière les mots