Ca y est !
La rupture est consommée.
Seule face à tous les possibles, tu prends conscience que tu n’as que faire de cette liberté que tu avais pourtant tellement espérée.
Lorsque tu étais plongée dans l’enfer de cette période de fin de vie à deux, tu l’avais pourtant imaginée belle et attirante.
Et voilà qu’elle s’est muée en solitude, une solitude dont tu ne vois pas l’issue.
« Mieux vaut être seule que mal accompagnée » était ton slogan qui t’a permis d’aller jusqu’au bout de cette rupture. Car lorsque le lien n’est plus que douleur, la séparation semble inéluctable.
Reste néanmoins à trouver en soi une sacrée dose de volonté pour la mettre en œuvre.
Une fois la décision prise, après la première porte claquée, tu te retrouves seule face à un monde froid et infini.
Derrière toi, tu sens encore la présence de ce foyer qui a abrité tant de moments précieux de douceur, de complicité, de sécurité.
Bien sur c’était il y a longtemps.
Car depuis il y a eu ces cris, ces larmes, ces désespoirs et ces rancunes.
Mais là, maintenant, tu sens l’air froid qui te fouette le visage.
Tu es seule.
C’est toi qui pars et pourtant tu te sens abandonnée.
Sourde colère à l’égard de celui qui a partagé ton intimité et s’est mué en ogre de tes aspirations d’une vie belle et paisible.
Ce mariage tu l’avais voulu unique, grand, pour la vie et voilà que tout est détruit. Comment reconstruire sur des ruines, la tâche semble immense.
Et déjà les regrets.
As-tu fais ce qu’il fallait ?
Qu’as-tu fais pour éviter d’en arriver là ?
Bien sur que c’est sa faute à lui, mais déjà tu sens en toi que cette affirmation devient moins nette.
Une forme insidieuse de doute s’est infiltrée dans ton esprit.
Des paroles émergent alors de ton passé.
Petites réflexions anodines sur le moment mais qui au cœur de cette crise prennent un relief particulier.
Serait-ce ma faute ?
Pourquoi n’ai-je rien vu venir ?
Les ingrédients étaient là, dès les premières rencontres bien occultés par l’euphorie de l’attirance physique, de cette chimie hormonale qui nous rend sourd.
Les regrets mêlés de colère se teintent alors de peur.
Être passée si près du bonheur pour te retrouver là, plus très jeune, fragilisée.
Comme cette amoureuse de Brel dans Orly tu restes là, bouche ouverte, sans un mot, tes bras vont jusqu’à terre.
Derrière cette porte refermée te voilà sans lumière.
Tu sais déjà qu’il te faudra du temps pour la retrouver.
Car du fond de ces ténèbres
une partie de toi sait.
Elle sait que tu vas la retrouver cette flamme.
Première lueur d’espoir sur l’ébauche d’une reconstruction.
Assailli de toute part, une sensation d’enveloppement proche de l’étouffement me coupe de toute sensation extérieure.
Les préoccupations se réduisent à l’inconfort immédiat.
Trancher, supprimer les causes de cette oppression qui accélère le flux de mes pensées. Ce tourbillon paralyse toute réflexion et contribue à la tempête émotionnelle qui gagne en intensité et me donne presque la nausée.
Besoin d’un espace de calme, de tranquillité où je pourrai me retrouver, me recentrer.
Cet endroit est là, en moi. C’est cet espace que les Japonais appellent le hara, parcelle d’Univers qui me relie au plus vaste, à l’intangible, indifférent aux tourmentes locales.
Profonde expiration, dernier volume d’air quittant les poumons. Après ce plus rien arrive le moment précieux, juste avant l’inspire. Ce néant qui me connecte à l’infini par un lien d’espoir immense et de confiance d’une intensité rare.
Et lorsque l’air remplit mes poumons c’est cet espoir et cette confiance qui irradie tout mon être. Tel le rayon de soleil perçant le nuage d’orage et venant inonder de lumière un jet de paysage désolé.
L’étouffement est toujours là mais la coquille est fêlée. Immense source de soulagement comme le jour naissant traversant les volets d’une nuit de cauchemar.
Se lever engourdi, se retrouver sous une douche bienfaisante. Respirations conscientes qui me font retrouver ma dignité dans la verticalité. Le flux qui m’inonde me reconnecte des valeurs les plus élevées à la réalité, à la Terre.
Contact des pieds au sol et premier taï-sabaki qui me remet en mouvement.
Mon corps à nouveau en éveil retrouve le flux de la vie !
[en]
Besieged on all sides, an overwhelming feeling cutting me from any external sensation. The concerns are reduced to the immediate discomfort. Urge to cut and remove the causes of this oppression that accelerates the flow of my thoughts. This whirlwind paralyzes all reflection and contributes to the emotional storm that is growing in intensity and almost makes me sick. Need a space of calm, tranquility where I can find me back and center. This place is here in me. It is this space that the Japanese call the hara, part of the Universe that connects me to the largest, the intangible, indifferent to local storms. Deep exhale, the last volume of air is leaving my lungs. then comes the precious moment of emptiness, just before inhaling. This emptiness connects me to the infinite by a link of huge hope, of confidence with a rare intensity. And then the air fills my lungs and it is this hope and confidence that radiates all my being. Like a ray of sunshine piercing the stormy clouds and illuminates a stream of desolate landscape. The feeling of oppression is still there but the shell is cracked. Immense source of relief as the dawning through the shutters of a night of nightmare. Waking up numb, taking a regenerating shower. Conscious breathing that make me recover my dignity through verticality. The flood reconnecting the highest values with reality. Contact of the feet on the ground, first Tai Sabaki putting me in the movement. My body once again joins the flow of life!
[fr]
